Biographie.

Ladislas Starewitch est né à Moscou en 1882. Ses parents sont polonais et il a toujours conservé cette nationalité polonaise. Perdant sa mère très jeune, il est envoyé par son père dans la famille, à Kovno dans l’actuelle Lituanie. C’est là qu’il passe une enfance heureuse, peu contraignante, laissant libre cours à ses envies et à son imagination. Renvoyé de l’école il s’intéresse aux papillons, au dessin, au théâtre, à la photographie ; il collectionne, peint, joue et entre en contact avec le musée ethnographique de Kovno qu’il parvient à convaincre de l’intérêt à filmer les traditions locales, les monuments et la nature. Au début du XXème siècle, il y a des mouvements anti-russes dans la région mais les libellules et les scarabées l’intéressent davantage.

Il réalise lui-même ses premiers films d’animation, aussitôt remarqués par les premiers producteurs de cinéma à Moscou, essentiellement Alexandre Khanjonkov qui va lui installer un studio dans la capitale du cinéma russe et lui faire tourner aussi des films avec de vrais acteurs, parmi les plus grands du moment. L. Starewitch développe tout de suite une conception novatrice du cinéma par rapport aux premières tendances qui se distinguaient peu du théâtre filmé. Il réalise des trucages, utilise des caches, rompt le rythme du récit ; son style est tout de suite identifiable, pas seulement dans les films d’animation.

En 1914, devenu un des plus grands réalisateurs à Moscou, L. Starewitch prend son indépendance et devient son propre producteur. Mais les événements s’enchaînent : la guerre qui commence en août 1914 entraîne de graves difficultés en Russie, la Révolution et une nouvelle guerre, civile. L. Starewitch est intégré dans un comité cinématographique chargé surtout de la propagande ce qui lui permet d’échapper à la guerre elle-même tout en l’empêchant de réaliser les films qu’il souhaite. La fin du conflit est donc une délivrance, mais les conditions de vie se dégradent à tel point que réfugié à Yalta, en Crimée, en 1918-1919, il prend, comme nombre de réalisateurs et acteurs russes, le chemin d’un exil plus lointain.

Arrivé en France à la fin de 1920 il s’installe à Paris avec sa femme et ses deux enfants, Irène née en 1907 et Jeanne (Nina) née en 1913. La communauté cinématographique russe émigrée devient très présente dans les studios de la banlieue parisienne à Joinville-le-Pont ou Montreuil-sous-Bois et c’est pour des producteurs arrivés peu avant lui que L. Starewitch commence à travailler surtout comme cameraman.

Mais très vite il va recommencer à tourner ses films avec des marionnettes animées jusqu’à, assez vite, ne plus se consacrer qu’à cela. En 1924 il achète une maison à Fontenay-sous-Bois où il installe sa famille et son studio. C’est là qu’il va rester jusqu’à la fin de ses jours en février 1965 et qu’il va tourner tous ses films. Autant avant l’exil il participait à une certaine vie publique en écrivant dans des journaux à Kovno, participant à des fêtes à Moscou, autant à partir de son installation à Fontenay il va rester chez lui, travaillant beaucoup, recevant volontiers, partant régulièrement en vacances, mais restant éloigné de toute agitation sociale.

Le succès revient très vite et il vit très bien développant une oeuvre très personnelle diffusée dans le monde entier. L’apogée de sa carrière se situe certainement dans l’entre-deux-guerres. Pour l’essentiel il travaille seul, aidé seulement par Irène qui va rester toute sa vie la collaboratrice de son père. Irène parle français, allemand, polonais, russe, anglais et sert d’intermédiaire dans les relations avec les distributeurs et les producteurs, relations qui vont devenir de plus en plus étroites et contraignantes au fur et à mesure que la technique cinématographique évolue, passant au son et à la couleur, et que la concurrence sur le marché des films devient plus intense. Néanmoins après une interruption d’une dizaine d’années, L. Starewitch réalise encore des films, dont certains sont primés, dans les années 1950. Ses deux derniers films sont financés par un ami venu lui aussi de Russie, Alexandre Kamenka.

François Martin.

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