Ceci est présentation de l’intervention d’Erwan Legal, dans le cadre des Dialogue(s) Starewitch » à Dijon les 23 et 24 avril 2015 organisés par la Cinémathèque régionale de Bourgogne - Jean Douchet au cinéma Eldorado de Dijon à propos du film de Ladislas Starewitch Le Lion et le moucheron, 1932.

   Cette présentation est composée essentiellement d’un document distribué par Erwan Legal à l’entrée de la salle et complété de quelques notes prises pendant l’intervention.

   Cette intervention a eu lieu le jeudi 23 avril à 16h15 – Erwan s’appuie sur la projection de nombreux extraits du film.

 

                LE LION ET LE MOUCHERON (Starewitch /1932)

 

           "Je me sers d'animaux pour instruire l'homme".

           "J'oppose quelquefois, par une double image, le Vice et la Vertu , la Bêtise et le Bon Sens", disait La Fontaine.

 

Le Lion et le moucheron de L. Starewitch

 

   C'est en 1932, que Ladislas Starewitch adapte la fable de La Fontaine intitulée  "LE LION ET LE MOUCHERON", en respectant l'intégralité des 39 alexandrins qui composent le poème d'origine.

   Le cinéaste adaptera plusieurs fables de La Fontaine , y trouvant là une richesse d'inspiration pour porter sa vision d'humaniste toujours sans aucune concession, en n’arrondissant jamais les angles et en clamant la vérité sur le genre  humain, souvent   empreint de vices et de bêtises ,face à cette vertu et ce bon sens commun qui devraient plutôt l'emporter…

 

  Il y a 25 siècles d'écart entre " LE COUSIN ET LE LION" écrit pas Ésope, le plus grand fabuliste de l'antiquité, et LE LION ET LE MOUCHERON de La Fontaine , le plus grand fabuliste de l'ère "moderne". La Fontaine versifie ce qu’Esope a écrit en prose.

 

   En fin entomologiste qu'il est, Starewitch le sait bien: par nature véritable, malgré les apparences, un moucheron ou un cousin cela ne pique pas, même si il dérange souvent, il est inoffensif.

   Là est le grand génie et la grande astuce : ici, dans la fable ou dans le film, le petit moucheron se munit de deux attributs artificiels: une trompette pour claironner ses exploits à tout va, et son épée, arme de guerre, pour faire mal et verser le sang.

 

   Mais Starewitch, en grand poète et cinéaste qu'il a toujours été,  invente et va encore plus loin que la fable d'origine : son film démarre sur une séquence consacrée au vil lion entourée de ses courtisans aussi voraces que lui. Que penser d'un Roi, d'un dirigeant d'une nation qui ne respecte pas ses plus humbles sujet ?…Ce pauvre paysan-lièvre est un personnage qui n'est pas dans la fable d'origine et le spectateur compatit vite à ses malheurs.

 

   L'arrivée du moucheron peut paraître amusante ou légère: il n'en sera rien.

   On pourrait prendre fait et cause pour ce David qui combat ce Goliath.

   Les deux guerriers vont courir à leur perte, car ce sont deux faces sombres d'une même pièce:

   Si le Lion paraît fort et puissant et le moucheron insignifiant, il n'en est rien: les deux sont vils et dangereux, les deux portent l'épée et s'imagine tout puissants. Les deux manquent d'humilité face à la fragilité et l'imprévisibilité de la Vie.

   Chez Esope le texte est dur, le cousin est mangé sans être assommé ; la fable racontée par Starewitch développe plus de mélancolie, de douceur.

 

   Il n'est pas étonnant que Starewitch, grand maître dans l'art du récit cinématographique et du mouvement animé image par image, arrive à sublimer la rythmique géniale de La Fontaine. Starewitch a, à l’évidence, regardé beaucoup de films.

   Dans son poème le fabuliste utilise les octosyllabes pour décrire le coté vif et surprenant du moucheron et utilise les alexandrins, plus amples, pour décrire le cœur du combat et l'action du lion.

   Starewitch sera assez fidèle à cette rythmique, pas sa science du découpage et son génie d'animateur pour retranscrire différents types de mouvements, qu'ils soient lents ou rapides.

   La Fontaine mélange avec art les différentes rimes pour densifier la confrontation et le combat : rimes suivies, rimes croisées, et rimes embrassées. Starewitch reste fidèle à la double morale pessimiste sur le genre humain qui clôt la fable, et il en rajoute sur l'espièglerie et la méchanceté du moucheron qui transperce l'œil du monarque (image de Citizen Kane, 1941), qui rentre dans son museau et ressort par la bouche…

 

   C'est le bouffon du Roi, représenté par l'intelligence du singe, qui termine le film par un long plan fixe en monologue, s'adressant face caméra au spectateur, car, la Morale de la Fable , est toujours plus importante que la fable elle-même. Cette stylistique du plan fixe  pour apporter la Morale n'est pas sans rappeler le monologue d'un Chaplin à la fin de son film "Le Dictateur"… n'est pas sans rappeler aussi le long monologue à la fin de "L'Odyssée de Pi."

 

Le Lion et le moucheron de L. Starewitch vu par Erwan Legal

 

               ERWAN LE GAL // Dialogues avec Starewitch // pour la cinémathèque de Bourgogne.

 

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